Le lancer de javelot fait partie des disciplines athlétiques les moins médiatisées, pourtant cette spécialité technique attire de nombreux passionnés à travers le monde. Contrairement aux idées reçues sur les revenus des sportifs de haut niveau, les lanceurs de javelot évoluent dans un écosystème financier complexe où les revenus varient énormément selon le niveau de performance et la nationalité. Entre les primes de compétitions internationales, les contrats de sponsoring et les aides fédérales, ces athlètes jonglent avec plusieurs sources de revenus pour financer leur carrière. Cette réalité économique influence directement leur capacité à s’entraîner dans des conditions optimales et à atteindre l’excellence sportive.

Structure des revenus dans l’athlétisme professionnel : contrats, primes et sponsoring

L’écosystème financier de l’athlétisme professionnel repose sur un modèle économique fragmenté où les revenus proviennent de multiples sources. Cette diversification représente à la fois une opportunité et une contrainte pour les lanceurs de javelot qui doivent développer des compétences entrepreneuriales parallèlement à leur expertise sportive.

Système de rémunération world athletics et diamond league

World Athletics, l’instance dirigeante de l’athlétisme mondial, a mis en place un système de primes pour les meetings de la Diamond League qui constitue l’épine dorsale financière du circuit professionnel. Les lanceurs de javelot peuvent percevoir entre 10 000 et 50 000 dollars pour une victoire lors d’un meeting Diamond League, avec des bonus supplémentaires pour les records du monde. Ce système pyramidal favorise naturellement les athlètes de très haut niveau capables de figurer régulièrement sur les podiums.

La structure des primes de la Diamond League récompense également les performances avec des montants dégressifs : 7 000 dollars pour la deuxième place, 3 500 dollars pour la troisième position. Ces montants peuvent sembler conséquents, mais ils doivent être replacés dans le contexte d’une saison où un athlète ne participe qu’à 5-8 meetings de ce niveau, sans garantie de podium.

Contrats avec les fédérations nationales : cas de la FFA

La Fédération Française d’Athlétisme propose un système de contrats fédéraux aux athlètes susceptibles de performer aux championnats du monde et aux Jeux Olympiques. Ces contrats, d’un montant compris entre 15 000 et 60 000 euros annuels, incluent des objectifs de performance précis. Un lanceur de javelot capable de dépasser 80 mètres peut prétendre à un contrat de catégorie A, tandis que les performances autour de 75-78 mètres donnent accès aux contrats de catégorie B.

Le système français privilégie une approche méritocratique avec des primes de résultats substantielles. Une médaille olympique en lancer de javelot peut rapporter jusqu’à 65 000 euros de prime gouvernementale, auxquels s’ajoutent les bonus fédéraux pouvant atteindre 35 000 euros supplémentaires.

Partenariats équipementiers : nike, adidas et new balance

Les contrats avec les équipementiers représentent souvent la source de revenus la plus stable pour les lanceurs de javelot de niveau international. Nike, leader sur ce marché, propose des contrats allant de 20 000 à 500 000 dollars annuels selon le niveau et le potentiel marketing de l’athlète. Ces partenariats incluent généralement la fourniture d’équipements, des primes de performance et

des obligations de présence sur certains événements marketing. Adidas, New Balance ou encore Asics appliquent des logiques similaires, avec des fourchettes plus modestes pour les profils uniquement « performance » et des montants bien plus élevés pour les athlètes capables de devenir l’image d’une campagne mondiale. Pour un lanceur de javelot, la négociation se joue autant sur les résultats sportifs (mètres lancés, titres internationaux) que sur la capacité à exister médiatiquement, notamment sur les réseaux sociaux.

Concrètement, un lanceur de javelot finaliste mondial peut espérer un contrat équipementier compris entre 20 000 et 80 000 dollars par an, là où une star olympique charismatique, très exposée, peut dépasser 200 000 dollars annuels. À l’inverse, de nombreux athlètes de haut niveau se contentent de dotations en matériel et de petites primes à la performance, sans véritable salaire fixe. On est loin de l’image du footballeur sponsorisé à sept chiffres, ce qui illustre bien la réalité économique du lancer de javelot professionnel.

Prime de performance aux championnats du monde et jeux olympiques

Les championnats du monde et les Jeux Olympiques constituent des moments clés dans la carrière financière d’un lanceur de javelot. World Athletics verse des primes de performance sur les championnats du monde : environ 70 000 dollars pour un titre mondial, 35 000 dollars pour une médaille d’argent et 22 000 dollars pour le bronze. Ces montants sont bruts et ne tiennent pas compte des éventuelles primes versées par les fédérations nationales et les sponsors, qui peuvent doubler, voire tripler la rémunération liée à une médaille.

Aux Jeux Olympiques, le système est légèrement différent puisque ce sont les États et les comités nationaux olympiques qui définissent les primes. En France, une médaille d’or rapporte 65 000 euros, l’argent 25 000 euros et le bronze 15 000 euros, montants soumis à l’impôt. D’autres pays, comme l’Inde ou certains États asiatiques, proposent des primes beaucoup plus élevées pour une médaille, parfois assorties d’avantages en nature (logement, poste public, dotations à vie). On comprend alors pourquoi, pour un lanceur de javelot, un podium mondial ou olympique peut représenter l’équivalent de plusieurs années de revenus « normaux ».

Il faut cependant garder à l’esprit que ces grands rendez-vous n’ont lieu que tous les deux ou quatre ans, et qu’ils ne concernent qu’une poignée d’athlètes par génération. Pour la majorité des lanceurs de javelot, les championnats du monde ou les Jeux Olympiques restent un rêve, et non une source de revenus récurrente. Là encore, le système favorise très fortement l’élite internationale, tandis que les athlètes de niveau national ou continental doivent composer avec des gains bien plus modestes.

Grille salariale des lanceurs de javelot selon leur niveau de performance

Le salaire d’un lanceur de javelot professionnel dépend avant tout de son niveau de performance et de son palmarès. Contrairement aux sports collectifs où les contrats sont souvent garantis, les revenus dans le lancer de javelot sont étroitement corrélés au classement mondial, aux médailles et à la régularité sur le circuit. Derrière quelques grandes stars médiatisées, on trouve une majorité d’athlètes qui doivent jongler entre petits contrats, primes de meetings et parfois emploi à temps partiel.

Revenus des champions olympiques : thomas röhler et neeraj chopra

Les champions olympiques constituent le sommet de la pyramide salariale. L’Allemand Thomas Röhler, champion olympique en 2016, a pu cumuler des revenus estimés entre 300 000 et 500 000 euros annuels autour de son titre, en combinant primes de compétitions, contrats équipementiers (notamment avec Nike) et apparitions médiatiques. Ces montants restent des estimations, mais ils donnent un ordre de grandeur de ce qu’un lanceur de javelot peut gagner lorsqu’il domine sa discipline et bénéficie d’un marché domestique fort comme l’Allemagne.

Le cas de Neeraj Chopra, champion olympique indien en 2021, illustre encore plus nettement l’impact du contexte national. Dans un pays de plus d’un milliard d’habitants, avide de héros sportifs, sa médaille d’or a déclenché un véritable engouement. Primes gouvernementales cumulées, sponsors nationaux, contrats d’ambassadeur de marque : certains médias indiens ont évoqué des revenus dépassant le million d’euros sur les deux années suivant son titre olympique. Ici, la valeur du lanceur de javelot ne se mesure plus seulement à ses mètres, mais à sa portée symbolique dans un pays en quête de reconnaissance olympique.

Ces exemples restent pourtant exceptionnels. Tous les champions olympiques ne bénéficient pas du même effet d’aura et certains, dans des pays moins riches ou moins passionnés d’athlétisme, gagnent beaucoup moins que leurs homologues indiens ou allemands. On retrouve cette logique dans de nombreux sports individuels : le titre olympique est une clé, mais le marché national et la capacité à se vendre déterminent le niveau de salaire réel.

Rémunération des athlètes classés top 10 mondial

Juste en dessous des champions olympiques et mondiaux, les lanceurs de javelot régulièrement classés dans le top 10 mondial peuvent espérer vivre correctement de leur discipline, sans pour autant atteindre des salaires stratosphériques. Selon les estimations des agents et des fédérations, un lanceur de javelot top 10 mondial, performant en Diamond League et présent sur les grands championnats, peut générer entre 80 000 et 200 000 euros bruts par an, toutes sources confondues.

Ce revenu se compose généralement d’un contrat équipementier de 30 000 à 80 000 euros, de primes liées aux meetings (5 000 à 15 000 euros par podium), de primes de championnats (continentaux et mondiaux) et de soutiens fédéraux ou étatiques. Pour un athlète basé en Europe, où le coût de la vie est élevé, ces montants permettent de financer une carrière sérieuse, des stages en altitude, un suivi médical de qualité et parfois un encadrement personnel (kiné, préparateur physique, coach mental).

Néanmoins, la frontière entre confort financier et précarité reste mince : une blessure sérieuse ou deux saisons en retrait peuvent suffire à faire chuter un athlète du top mondial et à voir ses contrats renégociés à la baisse. Le lancer de javelot est un sport extrêmement exigeant pour le corps, et la longévité au plus haut niveau n’est jamais garantie. Pour un lanceur de javelot top 10 mondial, la gestion de carrière et l’anticipation de l’après-sport sont donc aussi importantes que les mètres gagnés sur la piste.

Gains des compétiteurs niveau national et régional français

En France, la plupart des lanceurs de javelot évoluant au niveau national ou régional ne vivent pas exclusivement de leur discipline. Un finaliste des championnats de France élite, capable de lancer entre 70 et 80 mètres, pourra parfois bénéficier d’un contrat fédéral modeste (catégorie espoirs ou relève), d’aides de sa ligue régionale, et de petites primes de meetings (quelques centaines d’euros pour une victoire). Au total, on parle souvent de 5 000 à 20 000 euros par an, bien loin d’un salaire à plein temps.

La grande majorité de ces athlètes cumule donc double projet ou double carrière : études supérieures, emploi à temps partiel, métiers liés au sport (coach, préparateur physique, encadrant en club) ou complètement hors du milieu sportif. Certains sont intégrés dans des dispositifs comme l’INSEP ou les pôles France, qui aménagent l’emploi du temps mais ne garantissent pas un revenu suffisant pour vivre de manière autonome. On retrouve ici la réalité des sportifs de haut niveau français : environ la moitié gagne moins de 1 000 euros par mois issus directement du sport.

À l’échelle régionale, la situation est encore plus contrastée. Un lanceur de javelot performant dans son comité mais loin des minima nationaux recevra au mieux des aides en nature (prise en charge de déplacements, hébergements en stages, dotation en matériel) et quelques primes ponctuelles. Autrement dit, il est considéré comme sportif de haut niveau dans son environnement local, tout en restant salarié ou étudiant à plein temps. Cette dualité peut être épuisante, mais elle représente souvent la seule voie pour continuer à progresser tout en assurant une sécurité financière minimale.

Écart de revenus entre hommes et femmes : analyse sara kolak vs jan železný

La question des inégalités de revenus entre lanceurs et lanceuses de javelot est centrale. Historiquement, le lancer de javelot masculin a bénéficié d’une plus grande visibilité, notamment grâce à des figures emblématiques comme le Tchèque Jan Železný, triple champion olympique et recordman du monde. À son apogée dans les années 1990 et 2000, Železný bénéficiait de primes confortables, de contrats équipementiers solides et d’une forte notoriété en Europe centrale, lui assurant un revenu très supérieur à la moyenne des athlètes de l’époque.

À l’inverse, une championne olympique comme la Croate Sara Kolak (titre à Rio 2016) n’a pas bénéficié du même effet de levier économique, malgré une performance sportive remarquable. Dans un marché plus restreint, avec une médiatisation féminine encore moindre, ses revenus issus de l’athlétisme sont estimés nettement inférieurs à ceux d’un champion masculin de stature comparable. Cette situation n’est pas propre au lancer de javelot : dans la plupart des disciplines, à performance égale, les athlètes féminines perçoivent en moyenne moins de sponsoring et moins d’opportunités commerciales.

Cela dit, la tendance évolue lentement. La médiatisation croissante de l’athlétisme féminin, l’essor des réseaux sociaux et la volonté de certaines marques de promouvoir l’égalité hommes-femmes ouvrent de nouvelles perspectives pour les lanceuses. Une athlète charismatique, active sur les plateformes numériques et performante dans les grands championnats peut aujourd’hui négocier des contrats beaucoup plus compétitifs qu’il y a dix ans. La route reste longue, mais la prise de conscience progresse, et l’écart de salaire entre lanceurs et lanceuses pourrait se réduire au fil des prochaines générations.

Sources de financement spécifiques au javelot professionnel

Au-delà des grandes sources de revenus communes à l’athlétisme (contrats, primes, sponsoring), les lanceurs de javelot disposent de quelques leviers spécifiques pour financer leur carrière. Dans certains pays où le lancer de javelot est une discipline traditionnelle, comme la Finlande ou l’Estonie, des clubs professionnels ou semi-professionnels offrent des conditions d’entraînement optimales et une prise en charge partielle des dépenses (logement, matériel, déplacements). Ces structures agissent comme de véritables « écuries » pour lanceurs de javelot, avec un soutien logistique difficile à trouver ailleurs.

Les stages d’entraînement collectifs représentent également une source de financement indirecte. De nombreux lanceurs de javelot intègrent des groupes internationaux encadrés par des entraîneurs renommés, souvent soutenus par des fédérations ou des centres d’entraînement nationaux. Les coûts de déplacement et d’hébergement sont alors en grande partie pris en charge, ce qui allège la pression sur le budget personnel de l’athlète. Sur une saison, ces économies peuvent représenter plusieurs milliers d’euros.

De plus en plus, les lanceurs de javelot explorent aussi des modes de financement alternatifs : campagnes de crowdfunding, plateformes de micro-sponsoring, abonnements à du contenu exclusif (plans d’entraînement, vlogs de stages, webinaires techniques). Dans un sport où la communauté des passionnés est très engagée, ces initiatives permettent à certains athlètes de compenser la faiblesse des contrats traditionnels. On pourrait comparer cela à un musicien indépendant qui mise autant sur son public fidèle que sur les grandes maisons de disques.

Enfin, certains lanceurs de javelot tirent des revenus complémentaires de l’encadrement et de la formation : stages techniques pour clubs, interventions dans les écoles d’athlétisme, coaching individualisé ou à distance. Le haut niveau devient alors une vitrine qui légitime leur expertise et leur permet de facturer leurs prestations. Pour un athlète qui ne figure pas dans le top mondial mais possède une vraie légitimité technique, ce modèle hybride peut s’avérer plus stable qu’une dépendance exclusive aux résultats en compétition.

Comparaison internationale des rémunérations par pays et système sportif

Le salaire d’un lanceur de javelot professionnel varie fortement selon le pays dans lequel il évolue. D’un modèle très étatisé à un système quasi totalement privatisé, le cadre institutionnel conditionne l’accès aux aides, aux infrastructures et aux contrats. On peut distinguer plusieurs grands modèles : l’Allemagne et ses centres fédéraux, les États-Unis et le système NCAA, les pays nordiques avec leur tradition du lancer, et la France avec ses structures type INSEP et pôles espoirs.

Modèle allemand : financement public et centres d’entraînement

L’Allemagne est l’un des pays les plus structurés pour les disciplines techniques comme le lancer de javelot. Les lanceurs bénéficient de centres d’entraînement fédéraux bien équipés, de postes aménagés dans l’armée ou la police, et de soutiens régionaux. Un lanceur allemand de bon niveau international peut ainsi bénéficier d’un salaire « fonctionnaire » sécurisé, combiné à des primes et à un contrat équipementier, ce qui crée une base financière relativement stable.

Ce modèle permet de réduire le stress économique, notamment pour les athlètes en milieu de carrière qui ne sont pas encore au sommet mais disposent d’un vrai potentiel. En échange, ils représentent leur institution lors des grandes compétitions et incarnent une forme de service public sportif. On pourrait comparer cela à un chercheur financé par l’État : il jouit d’une certaine sécurité, mais ses résultats restent scrutés et conditionnent la reconduction de son soutien.

Pour les jeunes lanceurs allemands, l’existence de ces structures offre une perspective claire : s’intégrer dans un Leistungszentrum (centre de performance), gravir les échelons, puis accéder à un statut financé s’ils confirment au niveau international. Ce modèle ne garantit pas des salaires très élevés, mais il limite la précarité, ce qui est loin d’être le cas dans tous les pays.

Système américain NCAA et bourses universitaires athlétiques

Aux États-Unis, le parcours typique d’un lanceur de javelot passe par l’université et la NCAA. Un athlète performant au lycée peut décrocher une bourse sportive couvrant tout ou partie de ses frais de scolarité, parfois même son logement et sa nourriture. Pour les lanceurs de javelot étrangers, obtenir une bourse NCAA est souvent vu comme un tremplin idéal : accès à des infrastructures de haut niveau, à un encadrement professionnel et à un environnement de compétition dense.

Il ne s’agit pas à proprement parler d’un « salaire », mais d’un avantage en nature considérable qui peut représenter plusieurs dizaines de milliers de dollars par an. En contrepartie, l’athlète est tenu de représenter son université dans les compétitions et de respecter un cadre très strict en matière de scolarité et d’éligibilité. Une fois le cursus terminé, les meilleurs intègrent des groupes d’entraînement professionnels ou des structures sponsorisées par les grandes marques.

Le revers de la médaille ? Ceux qui ne parviennent pas à franchir le cap du très haut niveau se retrouvent souvent sans filet à la fin de leurs études, avec peu d’aides fédérales directes, contrairement à l’Allemagne ou à la France. Dans ce système très compétitif, le javelot reste une discipline de niche, ce qui limite le nombre de contrats confortables au sommet de la pyramide. Le système américain offre donc une excellente formation sportive et académique, mais ne garantit en rien un salaire durable comme lanceur de javelot professionnel.

Approche nordique : finlande et tradition du lancer de javelot

Les pays nordiques, et en particulier la Finlande, entretiennent une longue tradition dans le lancer de javelot. Cette culture se traduit par un fort soutien populaire, une densité de clubs spécialisés et une valorisation symbolique du javelot proche de celle du ski de fond ou du hockey. Pour un lanceur finlandais de haut niveau, cette tradition ouvre des portes : emplois aménagés, soutien de collectivités locales, sponsors régionaux attachés à l’identité nationale.

Les revenus directs ne sont pas forcément plus élevés que dans d’autres pays européens, mais le réseau autour du javelot est plus structuré. Un athlète international peut ainsi cumuler un salaire classique (par exemple dans l’enseignement, les forces de l’ordre ou une entreprise partenaire), avec des heures libérées pour s’entraîner et des primes en cas de performance. Le javelot est alors intégré dans un modèle de « double carrière » assumé, plutôt qu’une activité à plein temps sous haute pression financière.

On peut comparer ce modèle à un système coopératif : la communauté soutient ses champions, et en retour, les athlètes deviennent des ambassadeurs locaux, participent à la vie des clubs et inspirent la jeunesse. Cette proximité entre le haut niveau et la base rend le parcours de lanceur de javelot professionnel plus accessible, même si les très gros salaires restent rares.

Soutien étatique français : INSEP et pôles espoirs

En France, le soutien aux lanceurs de javelot passe principalement par le Ministère des Sports, la Fédération Française d’Athlétisme et les structures d’excellence comme l’INSEP et les pôles espoirs. Les athlètes inscrits sur les listes de sportifs de haut niveau peuvent bénéficier d’aides financières, d’emplois aménagés (gendarmerie, armée, collectivités) et de dispositifs de formation adaptés. L’objectif officiel est de favoriser la « double réussite » : performance sportive et insertion professionnelle.

Dans la pratique, de nombreux lanceurs de javelot français restent dans une zone grise : pas assez performants pour décrocher les meilleurs contrats fédéraux, mais trop engagés dans leur projet sportif pour se consacrer pleinement à une autre carrière. On retrouve souvent des situations où l’athlète vit avec moins de 1 500 euros par mois, tout en consacrant plus de 20 heures hebdomadaires à l’entraînement, sans compter les déplacements et la récupération.

L’INSEP et les CREPS jouent un rôle crucial en prenant en charge une grande partie des coûts liés à la préparation (hébergement, restauration, suivi médical, encadrement). Si ces avantages ne sont pas comptabilisés comme un « salaire », ils représentent néanmoins une valeur économique importante qui allège considérablement le budget mensuel. Pour un jeune lanceur de javelot, intégrer ces structures peut faire la différence entre poursuivre un rêve de haut niveau ou renoncer pour des raisons financières.

Évolution des revenus durant une carrière de lanceur professionnel

Comme dans beaucoup de sports individuels, les revenus d’un lanceur de javelot suivent une courbe en cloche : modestes au début, en hausse rapide en cas d’émergence au niveau international, puis en baisse à l’approche de la retraite sportive. Les premières années de carrière sont souvent marquées par des sacrifices financiers importants : peu ou pas de sponsoring, aucune garantie de prime, dépenses élevées en matériel, déplacements, stages. C’est la période où la motivation et l’entourage jouent un rôle déterminant.

Lorsque l’athlète commence à franchir des paliers de performance (minima pour les championnats d’Europe, finales internationales, podiums), de nouvelles opportunités s’ouvrent : contrats fédéraux, équipementiers, invitations payées sur des meetings plus prestigieux. On peut comparer cette phase à une start-up qui trouve enfin son marché : les revenus augmentent rapidement, mais restent fortement dépendants de la capacité à confirmer les résultats. Une blessure ou une saison blanche peut remettre en cause un contrat au moment même où la courbe semblait s’envoler.

La fin de carrière constitue un autre moment clé. Les performances déclinent, les invitations sur les grands meetings se raréfient, et les sponsors redirigent leurs budgets vers de plus jeunes talents. Les athlètes les mieux préparés sont ceux qui ont anticipé cette transition en développant une deuxième activité : coaching, métiers de la performance, reconversion dans l’enseignement, la communication ou la gestion sportive. D’autres, moins anticipateurs, peuvent connaître une chute brutale de revenus au moment de la retraite, d’où l’importance d’une vraie stratégie de gestion de carrière dès les premières années de haut niveau.

Pour lisser ces variations, certains lanceurs de javelot cherchent à diversifier leurs revenus dès le milieu de carrière : création d’une micro-entreprise de coaching, production de contenus en ligne, partenariats locaux moins sensibles aux résultats de très haut niveau. Cette diversification peut être vue comme un amortisseur : même si le sommet de la courbe de revenus est un peu moins élevé, la descente est plus progressive et moins douloureuse. En résumé, une carrière de lanceur de javelot ne se joue pas seulement sur la piste, mais aussi dans la manière d’anticiper les hauts et les bas financiers.

Fiscalité et gestion patrimoniale des athlètes lanceurs de javelot

La question de la fiscalité et de la gestion patrimoniale est souvent sous-estimée par les jeunes athlètes, alors qu’elle conditionne directement leur niveau de vie réel. Un lanceur de javelot professionnel cumule généralement plusieurs types de revenus : salaires (contrats fédéraux, emplois aménagés), primes de compétitions, revenus de sponsoring, parfois droits d’image ou prestations de coaching. Chacun de ces flux obéit à des règles fiscales spécifiques, qui peuvent vite devenir complexes sans accompagnement.

En France, les primes olympiques et les revenus issus du sponsoring sont imposables comme tout autre revenu. Un athlète qui empoche 65 000 euros pour un titre olympique ne verra pas nécessairement cette somme intégralement. Selon sa tranche d’imposition, ses charges sociales et sa résidence fiscale, la part réellement disponible peut être nettement inférieure. C’est un peu comme gagner au jeu une somme importante sans prévoir qu’une partie ira automatiquement à l’impôt : sans anticipation, la désillusion peut être grande.

Pour sécuriser leur avenir, de plus en plus de lanceurs de javelot se tournent vers des conseillers spécialisés dans l’accompagnement des sportifs de haut niveau. L’objectif est double : optimiser la structure de revenus (statut d’auto-entrepreneur pour le coaching, société pour la gestion de droits d’image, etc.) et préparer la période post-carrière via de l’épargne longue (assurance-vie, plan d’épargne retraite, investissements immobiliers). Même lorsque les revenus ne sont pas « millionnaires », une bonne stratégie permet de transformer quelques années très rémunératrices en base financière solide pour la suite.

Enfin, la dimension internationale ne doit pas être négligée. Un lanceur de javelot amené à s’entraîner dans plusieurs pays, à percevoir des primes en devise étrangère ou à signer avec des sponsors basés à l’étranger doit tenir compte des conventions fiscales entre États et des risques de double imposition. Là encore, l’analogie avec un consultant international est pertinente : la mobilité offre des opportunités, mais implique une gestion administrative rigoureuse. Pour un athlète, s’entourer tôt de professionnels compétents (agent, expert-comptable, conseiller patrimonial) n’est pas un luxe, mais une condition pour que les efforts consentis sur la piste se traduisent en sécurité financière durable.